The Picture of Dorian Gray – Oscar Wilde
Ce roman est saisissant tant par le sujet qu’il aborde, un thème profondément intemporel qui demeure aujourd’hui encore une obsession du monde contemporain : comment rester jeune et beau malgré le temps qui passe, et quelle vie mènerions-nous si nous étions affranchis des effets du vieillissement ?
Alors que Basil Hallward peint le portrait de Dorian Gray, séduisant jeune homme aux traits d’Apollon, Lord Henry l’amène à prendre conscience de l’impact de sa beauté, tant sur lui-même que sur son entourage, mais aussi de son caractère éphémère. Dès lors, Dorian formule le vœu que son portrait vieillisse à sa place… sans se douter, tragiquement, que ce souhait sera exaucé.
C’est précisément ce portrait qui deviendra le miroir de l’évolution morale du personnage : là réside tout le génie d’Oscar Wilde. À la manière d’un Walter White ( anti-héros de la série culte Breaking Bad), Dorian Gray glisse progressivement dans l’immoralité et la décadence. D’abord en reniant son amour pour la belle mais inconstante Sybil Vane, qui ne survivra pas au revirement cruel de Dorian… puis à travers une succession d’événements que nous tairons ici afin de préserver l’intrigue romanesque.
Il n’en demeure pas moins qu’Oscar Wilde décrit avec une finesse remarquable les états d’âme de ses personnages et nous rappelle combien, au-delà des apparences, la nature humaine peut être en proie à l’absence d’empathie, à la dissimulation et aux vices. Il nous invite à nous méfier des apparences; encore faudrait-il en être capables tant notre espèce nourrit une fascination presque maladive pour la beauté et la jeunesse.
« Il est des moments, nous disent les psychologues, où la passion pour le péché — ou pour ce que le monde appelle péché — en vient à dominer si totalement une nature, que chaque fibre du corps, comme chaque cellule du cerveau, semble animée d’impulsions effrayantes.
Les hommes et les femmes, en de tels instants, perdent la liberté de leur volonté. Ils avancent vers leur fin terrible comme des automates. Le choix leur est retiré, et la conscience est soit anéantie, soit — si elle subsiste encore — ne survit que pour donner à la rébellion son attrait et à la désobéissance son charme.
Car tous les péchés, comme les théologiens ne se lassent pas de nous le rappeler, sont des péchés de désobéissance. Lorsque ce haut Esprit, cette étoile du matin du mal, tomba du ciel, ce fut en rebelle qu’il chuta. »
Le roman est paru en 1890. Le phrasé et les descriptions renvoient souvent à un univers poétique, forme d’expression très répandue à l’époque. C’est beau, troublant, éclairant. L’auteur fait dire à l’un de ses personnages :
« Les noms sont essentiels. Je ne me querelle jamais avec les actes. Mon seul différend est avec les mots. »
Et cela se ressent à chaque page.
Qui se cache derrière chacun d’entre nous ? Qui sommes-nous réellement au-delà des apparences, de la comédie humaine ? Quelle est notre nature profonde, et serions-nous capables de la regarder en face ? Quelles sont nos propres limites ? Pouvons-nous résister à la tentation de l’ego, du vice et de la décadence ?
Rien n’est moins sûr… Car, sous le vernis de nos vies d’apparences, nous ne sommes souvent que le reflet de nos actes, plus ou moins avouables. On comprend ainsi pourquoi ce roman fantastique, aussi puissant sur la forme que sur le fond, a largement contribué à la notoriété et à la postérité d’Oscar Wilde.
Mathias D., le 01 er janvier 2026



Comments
« Les noms sont essentiels. Je ne me querelle jamais avec les actes. Mon seul différend est avec les mots »… intéressant.
Cet article donne envie de se replonger dans cette terrible histoire… surtout à notre époque obsédée par les apparences…
Merci
Author
Merci d’avoir pris le temps de lire l’article… effectivement un sujet intemporel… et tellement bien traité sous la plume d’Oscar Wilde et ce prisme fantastique. Quel talent !