« Vivre, c’est souffrir ; survivre, c’est trouver un sens à sa souffrance. »

Avis du rédacteur

Découvrir un sens à la vie — Viktor E. Frankl – édition initiale parue en 1946

Vous trouverez ci-dessous une sélection de quelques extraits de ce livre marquant. Viktor E. Frankl est un psychiatre, survivant des camps de concentration et fondateur de la logothérapie, une approche psychologique centrée sur le sens de la vie.


Première partie — Les expériences vécues par un psychiatre dans un camp de concentration

« Vivre, c’est souffrir ; survivre, c’est trouver un sens à sa souffrance. »

« Celui qui a un “pourquoi” peut vivre avec n’importe quel “comment”. » — Nietzsche

C’est, en substance, le sujet du livre. Qui mieux que l’auteur — médecin et survivant des camps — pour aborder le thème universel du sens de la vie ?

« Ne visez pas le succès. On ne peut pas poursuivre le succès, pas plus qu’on ne peut poursuivre le bonheur. Ils ne sont que des effets secondaires du dévouement que l’on manifeste pour une cause plus grande que soi-même ou qu’une autre personne. Le bonheur, comme le succès, arrive quand on ne s’y attend pas. Écoutez ce que votre conscience vous dicte et agissez au meilleur de votre connaissance. Alors vous verrez qu’à la longue le succès vous viendra précisément parce que vous n’y pensiez pas. »

« Le livre est beaucoup moins consacré aux souffrances d’hommes marquants qu’au sacrifice, à l’agonie et à la mort de cette immense armée de victimes inconnues dont on ne trouve nulle part mention. »

À propos des camps de concentration, l’auteur décrit le voyage abominable, la hiérarchie — sans s’y attarder —, les règles, le renoncement à survivre pour certains, et les concessions au-delà de tout principe pour se maintenir en vie…

« Généralement, seuls se maintenaient en vie les prisonniers qui, ayant passé d’un camp à un autre pendant plusieurs années, avaient abandonné tous leurs scrupules et qui, pour sauver leur peau, étaient prêts à employer tous les moyens, même la force brutale, le vol et la trahison. Nous qui sommes revenus des camps, par chance ou par miracle — appelez cela comme vous voudrez —, nous savons : les meilleurs d’entre nous y sont morts. »

Les hommes y sont traités comme des animaux : toute dignité leur est retirée, et la cruauté couvre tous les possibles, de l’humiliation à la mort. Dans cet enfer, certains renonçaient. Parmi ces signes, fumer en était un.

« La vie concentrationnaire fut une lutte acharnée pour la vie, que ce soit pour la sienne ou pour celle d’un ami. Lorsqu’on annonçait officiellement qu’un transport de prisonniers d’un camp à un autre allait avoir lieu, personne n’ignorait que la destination finale était la chambre à gaz. »

Trois états psychiques sont décrits :

  1. le choc psychologique initial,
  2. la routine du camp,
  3. puis, pour les plus chanceux, la libération.

Jamais sûr de survivre, le prisonnier expérimentait le phénomène psychiatrique de l’illusion du sursis : condamné, il caressait l’espoir d’un dernier report.

« Dostoïevski prétendait que l’humain peut s’habituer à tout. » C’est exact — mais ne demandez pas comment. Peu à peu, souvent rapidement, la plupart des prisonniers entraient dans un état de mort émotionnelle caractérisé par l’indifférence et l’insensibilité : l’apathie. Cela leur permettait de survivre aux coups et aux atrocités d’un environnement inhumain.

Au sujet de la faim :

« Pour ceux qui n’ont jamais subi de telles épreuves, il est presque impossible d’imaginer les conflits déstructurants et les chocs annihilateurs de volonté vécus par un homme affamé. »

De la faim au cannibalisme, la frontière est ténue.

Concernant le désir sexuel, la faim détournait la grande majorité des prisonniers de toute pulsion.

L’art et l’humour résultaient d’un contraste presque irréel avec l’horreur ambiante, mais constituaient aussi un outil presque indispensable pour survivre, car ils permettaient de garder une distance intérieure face aux événements.

La nature humaine, dans toute sa diversité, persistait malgré la pression extrême du contexte.

« On peut tout enlever à un homme sauf une chose : la dernière des libertés humaines, celle de choisir son attitude dans n’importe quelles circonstances. »

« On peut garder sa dignité dans un camp de concentration. Dostoïevski a dit : “Je ne redoute qu’une chose : ne pas être digne de mes souffrances.” Ces mots me revenaient sans cesse à l’esprit lorsque je rencontrais ces martyrs dont le comportement, la souffrance et la dignité devant la mort témoignaient qu’on ne peut pas enlever à un être humain sa liberté intérieure. »

Cette liberté spirituelle, qu’on ne peut nous retirer, donne un sens à la vie. Une vie active permet de réaliser ses valeurs à travers un travail créatif ; une vie contemplative permet d’expérimenter la beauté, l’art ou la nature.

« Tous ceux qui survécurent avaient un espoir, un but. Cette singularité qui caractérise chaque individu et qui donne un sens à sa vie influence autant le travail créatif que l’amour humain. Lorsqu’un homme comprend à quel point il est irremplaçable, il devient conscient de sa responsabilité envers sa propre vie. »

La cruauté de l’encadrement et le sadisme de certains étaient évidents.

« Il n’y a que deux catégories d’hommes : ceux qui sont convenables et ceux qui ne le sont pas. On les retrouve dans tous les groupes sociaux. Aucun groupe n’est composé uniquement de gens convenables, ni uniquement de l’inverse. »

« En termes psychologiques, les prisonniers libérés traversaient une période de dépersonnalisation. Tout semblait irréel, comme dans un rêve. »

Ce n’est qu’un certain temps après la libération que l’on prend vraiment conscience d’être revenu à la vie.


Deuxième partie — La logothérapie

« La logothérapie est une psychologie fondée sur le sens de la vie. »

Ici, l’égocentrisme, loin d’être renforcé, se trouve brisé.

De nombreux sondages montrent que chacun a besoin de vivre pour quelque chose — ou quelqu’un — pour lequel il serait prêt à mourir. Alors que 16 % des personnes jugent très important de gagner de l’argent, 78 % privilégient la recherche de sens.

Les névroses noogènes

Elles proviennent de l’absence de raison de vivre. Chercher un sens à sa vie n’est pas une maladie. La détresse existentielle n’est pas une pathologie mentale. L’erreur consisterait à la noyer sous les tranquillisants au lieu d’aider la personne à traverser cette crise.

Le vide existentiel

« La vie oscille, comme un pendule, de la souffrance à l’ennui. » — Schopenhauer

Les symptômes sont multiples : stratégies d’évitement, compensations, agitation intérieure…


Le sens de la vie

« La vocation de chacun est unique, tout comme sa façon de la réaliser. Chaque situation représente un défi, et la question du sens de la vie doit être posée à l’envers : ce n’est pas à l’homme de demander quel est le sens de sa vie, mais de reconnaître que c’est la vie qui l’interroge. »

La logothérapie considère la responsabilité comme l’essence même de l’existence humaine.

« L’homme doit chercher son sens à l’extérieur de lui-même plutôt que dans sa psyché. J’ai appelé cette caractéristique l’auto-transcendance de l’existence humaine. La vie est toujours orientée vers quelque chose ou quelqu’un d’autre que soi : un but à atteindre ou un être à aimer. »

L’actualisation de soi n’est pas un objectif direct ; elle apparaît comme un effet secondaire du dépassement de soi.


Trois voies pour découvrir le sens de la vie

  1. Par une œuvre ou une action — le sens de l’accomplissement.
  2. Par l’expérience d’une personne ou d’une valeur — le sens de l’amour.
  3. Par l’attitude face à une souffrance inévitable — le sens de la souffrance.

« L’amour est la seule façon de connaître l’essence d’une autre personne. Il révèle les caractéristiques essentielles de l’être aimé, même celles qu’il n’a pas encore réalisées. »

« Il est possible de trouver un sens à l’existence même dans une situation désespérée où il est impossible de changer son destin. L’important est alors de transformer une tragédie personnelle en victoire. »

L’être humain ne cherche pas d’abord le plaisir ou l’absence de souffrance, mais une raison de vivre.


Liberté intérieure et responsabilité

« L’être humain n’est pas complètement conditionné : il a le choix d’accepter ou de refuser les conditions qui l’entourent. »

« L’homme n’est pas un objet mais un être qui choisit son destin, dans les limites de ses dons naturels et de son environnement. »

Dans les camps — véritables terrains d’observation — Frankl a vu certains hommes se comporter comme des brutes et d’autres comme des saints. L’être humain possède ces deux potentialités : c’est lui qui décide laquelle actualiser.

« Malgré la souffrance, la culpabilité et la mort, nous pouvons faire preuve d’un optimisme tragique. L’homme ne vit pas seulement de sécurité matérielle, mais surtout de sens. »


Extraits choisis par Matthias D. – le 12 février 2026

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